Le tubing aluminum et le tubing acier ne relèvent pas du même référentiel normatif, et cette distinction conditionne tout le reste : procédures de soudage, contrôles qualité, classe d’exécution. Avant de raisonner en termes de poids ou de prix, nous recommandons de poser la question réglementaire. C’est elle qui oriente réellement le choix du matériau en construction structurelle.
Tubing aluminum et acier : deux référentiels EN 1090 distincts
Les tubes structurels en acier et en aluminium sont tous deux soumis au marquage CE selon l’EN 1090-1. La ressemblance s’arrête là.
L’exécution des structures en acier suit l’EN 1090-2, adossée à l’Eurocode 3 (EN 1993). Celle des structures en aluminium suit l’EN 1090-3, avec des prescriptions spécifiques au comportement métallurgique de l’aluminium : procédures de soudage adaptées, tolérances dimensionnelles propres, contrôles non destructifs recalibrés.
En pratique, choisir l’aluminium impose un changement complet de référentiel d’exécution. Un atelier certifié EN 1090-2 pour l’acier ne peut pas automatiquement fabriquer des composants structurels en aluminium. Il lui faut une qualification EN 1090-3 distincte, avec des soudeurs qualifiés selon les procédures aluminium.
Ce point est rarement mentionné dans les comparatifs matériaux, alors qu’il a un impact direct sur le choix des sous-traitants, les délais et le coût global d’un projet de construction.
Résistance mécanique des tubes : limites élastiques et dimensionnement

L’acier S235, référence courante en construction métallique, affiche une limite élastique nettement supérieure à celle de l’aluminium 6060. Pour obtenir une rigidité équivalente avec un tube aluminium, il faut augmenter la section ou l’épaisseur de paroi, ce qui réduit l’avantage de masse souvent mis en avant.
Nous observons que la comparaison « poids pour poids » induit en erreur. La bonne approche consiste à comparer à rigidité équivalente pour une charge donnée. Dans cette logique, le tubing aluminum structurel finit souvent plus volumineux que son homologue acier, même s’il reste plus léger au total.
L’acier conserve un avantage net sur les structures soumises à de fortes charges statiques ou dynamiques : charpentes, portiques, ossatures porteuses. L’aluminium trouve sa pertinence là où la réduction de poids compense le surdimensionnement, comme les structures temporaires, les passerelles légères ou les éléments de façade.
Soudabilité des tubes acier et aluminium : un écart de compétence sous-estimé
Souder un tube acier S235 ne pose pas de difficulté particulière. Tous les procédés courants (MIG, MAG, TIG, électrode enrobée) conviennent, et la formation des soudeurs est largement disponible.
Le tubing aluminum exige un tout autre niveau de maîtrise. Le procédé TIG reste le plus adapté pour les assemblages de précision, mais la conductivité thermique élevée de l’aluminium provoque une dissipation rapide de la chaleur. Résultat : les déformations sont plus difficiles à contrôler, et les défauts de soudure sur aluminium sont plus fréquents sans qualification spécifique.
Voici les points de vigilance concrets lors du soudage de tubes aluminium :
- Le décapage de la couche d’oxyde (alumine) doit être réalisé juste avant soudage, car elle se reforme en quelques minutes à l’air libre.
- Le gaz de protection (argon pur en TIG) doit être dosé avec précision pour éviter la porosité dans le cordon.
- Les qualifications de soudeurs selon l’EN 1090-3 imposent des épreuves distinctes de celles requises pour l’acier, avec des critères d’acceptation adaptés.
- Le traitement thermique post-soudage peut être nécessaire sur certains alliages pour restaurer les propriétés mécaniques de la zone affectée thermiquement.
Ce surcoût de compétence se répercute sur le prix de fabrication. Un assemblage soudé en aluminium coûte sensiblement plus cher qu’un assemblage acier à complexité géométrique identique.
Corrosion et tenue au feu : deux critères qui inversent le classement

L’aluminium forme naturellement une couche d’alumine protectrice qui lui confère une bonne résistance à la corrosion atmosphérique, sans traitement de surface. L’acier S235, lui, s’oxyde rapidement à l’air libre et nécessite une protection : galvanisation, peinture anticorrosion ou métallisation.
Dans un environnement humide ou salin, le tubing aluminum offre un avantage durable en maintenance. Les coûts d’entretien sur la durée de vie de la structure penchent alors en sa faveur, même si l’investissement initial est plus élevé.
La tenue au feu inverse le classement. L’aluminium perd rapidement ses propriétés mécaniques au-delà de 200 à 250 °C, là où l’acier conserve une résistance significative jusqu’à des températures bien supérieures. Pour les bâtiments soumis à des exigences de résistance au feu (ERP notamment), les tubes aluminium structurels nécessitent des protections coupe-feu spécifiques qui alourdissent le projet.
L’arrêté du 19 février 2026 relatif aux façades et matériaux des ERP renforce les exigences sur ce point. Nous recommandons de vérifier systématiquement la compatibilité du matériau retenu avec les classements de réaction et résistance au feu applicables au projet.
Coût global des tubes : achat, fabrication et cycle de vie
Le prix d’achat au kilogramme place l’acier S235 en tête sur le plan économique, loin devant l’aluminium et l’inox. L’aluminium 6060 se situe dans une fourchette intermédiaire.
Raisonner uniquement sur le prix matière fausse l’analyse. Voici les postes à intégrer dans un comparatif réaliste :
- Fabrication et soudage : le surcoût de main-d’œuvre qualifiée pour l’aluminium peut représenter une part significative du budget.
- Transport et manutention : le gain de poids de l’aluminium réduit les coûts logistiques, un avantage réel sur les chantiers difficiles d’accès.
- Protection anticorrosion : la galvanisation ou la peinture de l’acier génère un coût récurrent que l’aluminium évite.
- Durée de vie et recyclabilité : les deux matériaux sont recyclables, mais l’aluminium conserve une valeur résiduelle élevée en fin de vie, ce qui améliore le bilan économique global.
Sur un projet de structure porteuse lourde à budget contraint, l’acier reste le choix rationnel. Sur une structure légère exposée aux intempéries avec une durée de vie longue, l’aluminium se justifie par un coût total de possession souvent comparable, voire inférieur.
Le choix entre tubing aluminum et acier ne se résume pas à un tableau de propriétés mécaniques. La norme d’exécution applicable, les compétences de soudage disponibles, les contraintes de résistance au feu et le coût de maintenance sur vingt ou trente ans pèsent autant que la limite élastique du matériau. Poser ces questions en amont du projet évite les arbitrages tardifs qui coûtent cher.

